Accueil / Actus / Construction et Intelligence Artificielle : un duo gagnant ?
< Retour

Construction et Intelligence Artificielle : un duo gagnant ?

Le prochain congrès de l’Untec qui se tiendra les 20 et 21 juin 2019 à Avignon , aura pour thème : “Intelligence Artificielle : évolution ou révolution dans l’économie et l’ingénierie de la construction”. Encore Balbutiante dans ce secteur d’activité, l’utilisation de l’Intelligence Artificielle va devenir incontournable dans les année à venir. Comment aborder ce nouveau défi ? Pascal Asselin nous propose ici quelques pistes de réflexion dans le dernier numéro d ‘Economie & Construction.

LE SECTEUR DU BÂTIMENT TRANSFORMÉ PAR L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Si la transformation numérique en cours modifie en profondeur tous les secteurs d’activité, y compris celui du bâtiment, l’arrivée de l’Intelligence artificielle va révolutionner toute l’économie. Grâce l’interconnexion de milliards de données, et d’algorithme surpuissants, l’IA va pouvoir résoudre des problèmes et améliorer en continu ses possibilités, au fur et à mesure des nouvelles données collectées reproduisant ainsi les fonctions cognitives de l’être humain. À une époque où les data se multiplient de manière exponentielle chaque jour, le potentiel de l’IA semble illimité. Comme l’indique Pascal Asselin, président de l’Untec : « Il va y avoir une forte disruption entre la révolution numérique, que l’on connait aujourd’hui, et l’Intelligence artificielle, qui est d’une toute autre ampleur. Nous sommes focalisés sur cette révolution, mais une autre vague arrive, et il faut que nous soyons prêts ». Pour cela, les modes de fonctionnement, les méthodes, les process doivent changer. Il poursuit à ce sujet : « En ce qui concerne la construction, on est habitué à travailler en silo, comme dans beaucoup de professions. Or, nous allons devoir apprendre à travailler avec les autres métiers, voire apprendre les autres métiers, pour être plus efficaces. Les compétences vont se compléter, et les formations initiales devront en tenir compte. Les démarches seront plutôt horizontales que verticales, et il faudra que chacun puisse les comprendre et les intégrer à ses propres données ».

Dans le secteur de la construction, l’IA permet déjà de gagner en efficacité, en sécurité et en qualité, grâce aux images et donnée capturées par des appareils mobiles, par des drones, par les capteurs. L’IA peut ainsi anticiper les risques d’accidents sur un chantier (contrôle d’accès, cheminements…) détecter une anomalie comme une surconsommation d’énergie ou une fuite d’eau, effectuer des tâches répétitives ou complexes. Pour tirer le meilleur parti de ces informations, il va falloir concevoir le système qui permettra de recueillir l’exhaustivité des données, et ce en continu, pour les comparer les unes aux autres, afin de générer du diagnostic immédiat.

L’IMPACT DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE POUR LES ÉCONOMISTES DE LA CONSTRUCTION

Dans un article intitulé “Ce que l’IA change dans la construction : les murs ont des oreilles”, publié dans la Tribune, le 26 avril 2018, l’auteur cite Xavier Lépine, président du directoire du groupe La Française, qui évoque « l’exemple des États-Unis, où toutes les grandes villes sont numérisées, avec un accès à des pépites impensables en France : « À New York, par exemple, vous avez en ligne, en cliquant sur un immeuble, accès à l’information sur le propriétaire, les conditions des baux commerciaux ainsi que les droits à construire. Vous pouvez comprendre où il est possible de construire, de surélever ou de démolir, ainsi que l’environnement concurrentiel existant. » Depuis quelques années, les économistes de la construction « digèrent » la transformation numérique, et notamment le BIM, qui symbolise à lui seul cette transformation. « Pour le moment, l’Intelligence artificielle, c’est encore un peu de la science-fiction pour les économistes français, reconnait Pascal Asselin. Mais l’outil numérique nous a déjà permis d’augmenter nos capacités à faire des analyses de coût, des analyses d’offres, des comparatifs pour nos clients. Des calculs qui étaient initialement complexes – comme la mesure du poids carbone d’un bâtiment – vont devenir beaucoup plus simples, grâce à la compilation « intelligente » de milliards de données. À l’étape suivante, l’IA pourra même indiquer quelle solution il faudra choisir pour limiter le poids carbone d’un bâtiment, en fonction de tous les paramètres ». Si l’Intelligence artificielle va indéniablement faciliter la vie de chacun, comme c’est le cas du numérique aujourd’hui, son utilisation comporte des risques, que nous envisageons, sans savoir encore bien les mesurer.

L’IA SOURCE D’ENTHOUSIASME MAIS AUSSI DE CRAINTES

Quand on parle d’Intelligence artificielle, il y a deux craintes qui reviennent sans cesse : celle d’une intelligence en constante progression, qui dépasserait l’intelligence humaine, et qu’on laisserait décider à la place de l’humain. Et la suppression massive d’emplois, notamment les moins qualifiés, mais pas seulement, du fait de l’automatisation toujours plus élevée de tâches. Pascal Asselin se pose également ces questions : « Il faudra que nos contemporains sachent où l’intelligence humaine doit rester de mise. Par exemple, si demain vous lancez un appel d’offre, l’IA pourra gérer l’appel d’offre, intégrer tous les paramètres indiqués dans le dossier, et sélectionner le lauréat, de manière plus précise et plus rapide que l’humain. Mais eston en mesure d’accepter ça ? La vraie question n’est pas du côté scientifique ou numérique ; elle se situe plutôt au niveau humain, anthropologique, philosophique, éthique. Est-ce que l’on souhaite garder en main notre destinée ? Et la question devient plus prégnante quand on commence à parler de modification du génome humain, de sélection d’embryons… ». Concernant la disparition d’emplois, on a longtemps pensé que l’IA allait supprimer les métiers et tâches peu qualifiés, comme la machine a remplacé l’homme il y a un siècle. Mais la rapidité de gestion de l’information et la précision propres à l’IA, que l’humain ne pourra jamais égaler, vont toucher toutes les professions, qui devront s’adapter, parfois se réinventer.Pascal Asselin donne l’exemple suivant : « On estime que d’ici dix à quinze ans, les diagnostics qui seront réalisés en radiologie avec l’IA seront 1 000 fois plus précis et plus justes que ceux faits par un radiologue, parce que les machines pourront enregistrer des milliards de clichés, et échange entre elles sur ces données. Ainsi, tous les métiers sont concernés ; beaucoup seront remplacés, et pas uniquement les métiers rébarbatifs, mais de nouveaux emplois seront créés, notamment pour programmer les machines ».

COMMENT PRÉPARER LES ÉCONOMISTES DE LA CONSTRUCTION À CE CHANGEMENT DE PARADIGME ?

« Pour le moment, l’Intelligence artificielle n’impacte pas le marché de la construction de façon directe, précise Pascal Asselin. Le BIM est un des facteurs qui fera en sorte que toutes ces données vont être agglomérées sur une seule maquette numérique. Quand il y aura des milliards de données, et qu’elles pourront être comparées les unes aux autres, cela va nous permettra d’aller beaucoup plus vite, avec beaucoup plus de précision. Pour se préparer à cette transformation, les économistes de la construction doivent avoir une bonne connaissance de l’ensemble des métiers de la filière, une très bonne culture générale, et continuer à se former en permanence. Concernant la formation initiale, nous discutons avec le ministère de l’Éducation nationale pour revoir les cursus. Nous échangeons aussi fréquemment avec nos collègues géomètres, ingénieurs, et on sent que les outils des uns et des autres se rapprochent, parfois plus vite que les hommes. Et à l’Untec, nous organisons 800 jours de formation par an, avec notamment des formations basées sur le numérique, sur l’utilisation des réseaux sociaux dans le cadre professionnel, et bien évidemment sur le BIM ».